Pour un urbanisme sensuel

La ville est faite par et pour des humains.

C’est donc bien de vouloir bâtir et aménager des villes fonctionnelles, pratiques, organisées, connectées, sécurisées, propres, modernes, économes, etc…
Quoique l’on puisse aussi en discuter: il n’y a rien de bien en soi, tout dépend de l’intensité de la chose, de ce qui l’accompagne et l’équilibre, de ce que l’on en fait et, surtout, de sa fonction, c’est à dire de si l’on en fait un objectif en soi ou juste un outil.
Le fait d’être moderne ne doit pas être un objectif en soi (dans quel but? Quel intérêt?), ça doit rester la résultante d’un processus « naturel ».
Le fait d’être connecté, c’est un outil pratique, bien sûr, mais à manier avec prudence, les dérives possibles sont multiples, de la surconsommation d’écrans aux dangers de la protection des données en passant par les risques de dépendances et de bugs… C’est donc un outil pratique, mais qui nécessite d’être cadré et encadré. Et ce ne sont que deux exemples.
Mais l’humain est aussi un animal. Et s’il a une raison (ce dont on peut parfois douter – et quand j’écris « parfois », je pense « souvent »), il a aussi un inconscient, des sentiments, des émotions, un corps et des sens… Son habitat, son cadre de vie et son mode de vie doivent aussi en tenir compte. C’est pourquoi il me semble nécessaire de rajouter ou renforcer quelques ingrédients dans la cuisine urbaine actuelle.
D’abord au niveau du cadre de vie et donc l’architecture en particulier.
Une tour, c’est facile, économe, dense, moderne… et banal, uniformisant, écrasant. Ne peut-on utiliser davantage des bâtiments plus bas et continus, pour des espaces publics chaleureux, aux dimensions humaines, pour plus d’intimité?
La symétrie, les lignes droites sont simples, pratiques, faciles… et froides, dures! Ne peut-on utiliser davantage les courbes, les ondulations, les irrégularités, pour plus de douceur?
Le blanc, le gris, le noir sont propres, passe-partout… et tristes! Ne peut-on utiliser davantage les couleurs, les nuances, les contrastes, pour plus de chaleur?
Le béton, l’acier et le verre sont modernes, économiques… et inertes, secs! Ne peut-on utiliser davantage les matières, l’organique, les textures, pour plus de… sensualité?
Ensuite au niveau de la répartition des fonctions. L’organisation et la fonctionnalité sont nécessaire, mais comme le reste, à doses raisonnables. La souplesse, le mélange, et même une petite dose de bazar (pour ne pas dire autre chose), c’est la vie! La mixité est vitale, c’est même un principe de base de tous les écosystèmes. Et l’humain, donc, est un animal, vivant dans des écosystèmes ou des « urbanosystèmes » (ou « anthroposystèmes »?) avec lesquels il est en interrelation permanente. D’où la nécessité du mélange, de la variété, de la mixité aussi bien sur la forme que sur le fond.
Sur la forme, dans la variété des espaces, des styles et des ambiances avec affirmation des identités des villes et des quartiers. Quoi de plus désolant que de retrouver les mêmes principes, les mêmes styles aux quatre coins de la planète? N’est-il pas bien plus plaisant d’avoir des villes d’ambiances et de caractères différents suivant les cultures, les pays? C’est aussi bien plus enrichissant. Et un défi bien plus excitant de devoir inventer des recettes locales adaptées à l’histoire du lieu, au patrimoine existant et aux particularités locales, plutôt que de parachuter des recettes indifféremment à n’importe quel coin du globe!
Et – plus important encore – sur le fond.
La sectorisation, le zonage et la planification ont des avantages. Et, comme tout, des inconvénients. La mixité de fonctions limite les cités-dortoirs, les zones commerciales interminables, les quartiers de bureaux déserts et froids en dehors des heures de travail. Elle réduit les déplacements en rapprochant et mélangeant habitat, commerces et activités. Elle (re)crée des villes conviviales et vivantes sept jours sur sept.
De même, laisser la loi du marché et celle des promoteurs immobiliers déterminer la répartition des catégories sociales est totalement néfaste à la mixité sociale, condition sine qua non de la cohésion nationale, du vivre ensemble. Des outils existent, comme les 20% de logements sociaux, mais il ont besoin, pour commencer, d’être réellement appliqués partout, et également renforcés, car, pour cet exemple, l’échelle de la commune n’est pas suffisante, et cette nécessaire mixité est à rechercher au niveau du quartier, voire un niveau de l’îlot ou du projet.
Voilà pourquoi il me semble que la gestion – au sens large – de nos villes ne doit pas être conduite uniquement de façon comptable, technique, réglementaire, administrative… Comme dans tous les domaines des activités humaines, les politiques conduites doivent (re)trouver de l’humanité. C’est à dire replacer l’humain au centre, dans sa globalité, et non pas seulement comme un être raisonnable, travaillant, consommant, productif, rentable… Et sans oublier que cet humain n’est pas non plus le centre de l’univers, qu’il appartient au monde animal, qu’il en dépend, tout comme du monde végétal et de la planète qui a la mansuétude de l’abriter en son sein.
La ville est construite pour des habitants qui sont des travailleurs, des consommateurs, mais qui sont des humains avant tout.
Et elle est construite par des professionnels qui sont des techniciens, des ingénieurs, des urbanistes, des architectes, des paysagistes, des juristes, etc…, mais qui sont aussi des humains avant tout.
Donc en ville, comme partout, oui à la raison, oui aux sentiments, oui à l’intuition, oui aux plaisirs, oui à la mixité, oui à la sensualité… oui à la vie! Qui peut être belle…
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